Experts IT 01/02/2010

Que faut-il attendre de l’architecture d’entreprise en 2010 ?

Eric Boulay Architecture Forum France est Président et fondateur d’Arismore

A l’ occasion de la nouvelle année et du succès croissant de l’AE (architecture d'entreprise), Eric Boulay, Architecture Forum France : The Open Group et président d’Arismore, fait le point sur les attentes et les promesses de l’AE et du TOGAF.

 

La capacité à se transformer : une qualité essentielle à l’entreprise

Plus que jamais, les entreprises doivent évoluer pour s’adapter à leur environnement. Ces transformations sont incontournables pour mieux répondre aux clients, réagir face à la concurrence, se déployer à l’international, réussir une fusion, optimiser ses coûts et ses investissements, ou s’adapter à une nouvelle réglementation.

La réussite de ces transformations, locales ou globales, est liée au succès de deux étapes essentielles, la modélisation de la transformation et son exécution. La modélisation de la transformation permet de définir une cible, une trajectoire, un plan de route et des moyens associés. L’exécution permet d’atteindre la cible définie et de mesurer les bénéfices des transformations apportées.

Ces quelques lignes d’introduction contiennent les promesses et le défi de l’architecture d’entreprise (AE). Quel est le rôle de l’AE dans le passage de la modélisation de la transformation à son exécution ?

L’AE : de la planification à l’exécution

Depuis 10 ans les architectes et les urbanistes ont aidé à la compréhension de l’entreprise et de ses projets de plus en plus complexes. Pour cela, ils ont proposé avec des succès divers, des modèles fonctionnels et techniques de l’entreprise à l’attention de « clients » en charge des transformations. L’architecture a ainsi été considérée comme une activité de soutien dans la chaine de la valeur et non pas comme une activité de base comme la construction ou la vente d’un service. Il y a désormais une forte attente des directions générales et des directions des systèmes d’information qui ont bien compris la nécessité de planifier et d’organiser la transformation mais qui s’interrogent d’une part sur la faisabilité d’une modélisation détaillée de l’entreprise compte tenu de sa complexité et de sa vitesse de changement croissante et d’autre part sur le lien entre la planification et la réalisation des projets d’entreprise.

L’AE : les intérêts de l’entreprise au cœur de tous ses projets

Face à ces attentes, The Open Group a construit un cadre d’AE qui place l’architecture et les architectes d’entreprise au cœur du défi actuel : accroître la capacité de transformation de l’entreprise. Pour cela le TOGAF apporte 3 réponses encore méconnues, leur prise en compte équilibrée va changer la valeur de l’AE en 2010.

1- un référentiel d’AE
2- le processus de transformation
3- le cadre de capacité de transformation

1- Un référentiel d’AE

Face à la complexité croissante des systèmes d’information (SI) caractérisée par la difficulté et le coût croissants de l’intégration d’un nouveau service, l’AE doit favoriser une évolution modulaire des SI et organiser la transition de SI en silos vers des SI interopérables :

- L’AE définit cette structure modulaire du SI. En complément de la modélisation descriptive du SI bien connue des urbanistes, le référentiel d’AE ajoute les règles, les principes et les composants fonctionnels et techniques qui organisent cette modularité et favorisent l’assemblage et l’intégration des sous-systèmes par interopérabilité

- La construction collaborative du référentiel passe par un équilibre entre des initiatives « centralisées » et un enrichissement de ce référentiel au fil des projets et des usages locaux. En s’appuyant sur un référentiel d’AE commun, les sous-systèmes ainsi représentés seront assemblés pour donner une vision instantanée, à jour et cohérente du système d’information.

- La communication entre les métiers, la direction générale et les DSI, enjeu majeur pour la réussite des programmes se concrétise par l’usage du référentiel. Le référentiel d’AE s’impose ainsi comme un outil de capitalisation, de communication et d’échange entre ces parties prenantes. Il facilite la compréhension des différents points de vue, l’analyse de scénarii et de dépendances, le partage d’information ; il permet l’émergence de solutions dans la confrontation et non dans l’opposition. Il appartient aux architectes d’en expliquer et d’en faciliter l’usage.

Le référentiel ainsi construit va au delà de la modélisation du SI, souvent trop général et rarement à jour. Le cadre de référentiel d’AE du TOGAF réunissant les points de vue de chaque partie prenante et des principes d’usage aux niveaux de l’entreprise, des domaines métiers ou des projets répond à ces attentes.


Figure 1 : cadre de contenu du référentiel d’AE (source TOGAF 9)

Bénéfice 2010 : les architectes sont maintenant attendus aux cotés des directeurs de projet afin de faciliter l’usage du référentiel d’AE et de l’enrichir au fil de l’eau. L’introduction de la formalisation des exigences par chaque partie prenante est un premier levier efficace pour positionner l’architecte et le référentiel au cœur de l’échange et de la confrontation des points de vue. Plus globalement, les bénéfices sont de plusieurs natures : la prise en compte des points de vue métier et SI, la capitalisation sur les composants existants, la capitalisation sur les pratiques d’instruction, la construction de services interopérables respectueux des règles d’entreprise. Les entreprises les plus matures positionnent les travaux d’architecture tout au long du cycle de vie des projets et des services.

2- Le processus de pilotage de la transformation

Si la transformation de l’entreprise passe par l’alignement des projets locaux sur les objectifs locaux, elle doit également garantir la cohérence des projets par rapport aux principes d’entreprise. Il est donc essentiel d’identifier et de différencier le processus d’évolution de la politique et du référentiel d’entreprise et le processus d’alignement des projets unitaires sur leurs objectifs propres dans le respect des règles d’entreprise.

Le TOGAF répond bien à ces deux préoccupations en définissant :
- le processus d’instruction et de planification de la transformation en réponse aux objectifs de l’entreprise ;
- la gouvernance de conformité, en contribuant au pilotage des projets suivant le cadre de cohérence d’entreprise.


Figure 2 : le processus d’AE dans le cycle projet

Bénéfice 2010 : Ce processus d’AE, assuré par la coopération entre architecte et directeur de programme, se traduit par une plus forte implication des architectes dans les projets, et réciproquement par une meilleure prise en compte des principes de l’entreprise dans les projets. L’architecture passe ainsi d’une activité de soutien, à une activité contributrice dans la chaîne de valeur. Pour cela le positionnement des contributions et des livrables d’architecture doit être cohérent avec le cycle de vie projet et des services. La réussite des grands programmes repose en partie sur la qualité de la coopération entre ces deux acteurs et activités : l’architecture et le pilotage de programme.

3- Le cadre de capacité de transformation

Au-delà des éléments techniques et opérationnels décrits dans les 2 items précédents, l’apport majeur de TOGAF réside dans sa dimension managériale et humaine, ce que l’on appelle le cadre de capacité à se transformer. Ce cadre recense les actifs à mettre en place et à maîtriser pour être en mesure d’améliorer sa capacité à faire de l’AE pour transformer l’entreprise. Parmi les éléments essentiels, on retrouve le référentiel d’architecture et les principes de gouvernance, mais également les compétences à renforcer et l’organisation à mettre en place.

Bénéfice 2010 : Donner un sens aux projets : le développement durable des SI. Face aux enjeux de rationalisation des SI et d’automatisation des processus, l’AE consiste à construire une capacité durable à se transformer centrée sur la compétence, la coopération, la valorisation des hommes, la compréhension de l’intérêt commun et le partage du sens des projets auxquels ils participent. La mise en place de cursus de formation et la valorisation du métier d’architecte au niveau de la gestion des ressources humaines sont un pré-requis pour renforcer cette capacité d’architecture.


Figure 3 : Cadre de capacité d’architecture (source TOGAF 9)

A propos de l’architecture forum France

En 2007, Arismore et l’Open Group fondent l’Architecture Forum France afin de fournir aux communautés d’architectes et aux directions des systèmes d’information françaises un accès simplifié et localisé aux informations, aux bonnes pratiques, aux ressources et aux certifications offertes par l’Open Group. (http://www.architecture-forum.org/)